lunes, 23 de noviembre de 2015

!º Bachibac Unité 2 La Liberté




I -  QU’EST-CE QUE LA LIBERTÉ?


           



            Est libre ce qui est cause de soi. Ce qui n'est donc pas pour soi cause d'action n'est pas libre dans son agir. Or les êtres qui ne se meuvent ou n'agissent que par le mouvement d'un autre, ne sont pas pour eux-mêmes cause d'activité. Et donc les seuls êtres qui se meuvent eux-mêmes sont libres dans leur action. Eux seuls agissent par jugement, car ce qui se meut soi-même se distingue en moteur et mobile, le moteur étant l'appétit mû par l'intellect, l'imagination ou le sens, auxquels il appartient de juger. Parmi tous ces êtres, ceux-là seuls jugent donc librement qui se meuvent dans l'acte du jugement.(....)Et donc, les animaux dénués de raison sont, d'une certaine manière, de mouvement ou, d'action libre, mais non de jugement libre; les êtres inanimés qui ne sont mus que par d'autres, ne sont même pas libres d'action ou de mouvement; quant aux êtres doués d'intelligence, ils sont libres non seulement d'action mais de jugement ce qui signifie qu'ils possèdent le libre arbitre.
Certains êtres manquent de la liberté du jugement, ou bien parce qu'ils n'ont aucun jugement, comme ceux qui sont dénués de connaissance: les pierres, les plantes; ou bien parce que leur jugement est déterminé à un seul objet, comme les animaux sans raison: c'est par une estimation de nature que la brebis juge que le loup lui est ennemi, et ce jugement la décide à fuir; et de même pour les autres choses. Donc, tout être qui possède un jugement pratique non déterminé à un seul parti par la nature est nécessairement doué de libre arbitre. Or tels sont tous les êtres intellectuels. Car l'intellect n'appréhende pas seulement tel ou tel bien, mais le bien commun lui-même. Et donc, puisque l'intellect meut la volonté par la proportionnés, il en résulte que la volonté de la substance intellectuelle ne sera déterminée naturellement que par rapport au bien commun. Tout ce qui sera donc présenté à la volonté sous la raison de bien pourra être l'objet de son inclination, sans qu'aucune détermination contraire de la nature s'y oppose. Par conséquent, tous les êtres intellectuels jouissent d'une volonté libre, procédant du jugement de l'intellect. C'est là posséder le libre arbitre, qui se définit: un libre jugement venant de la raison.
                                    Saint Thomas d’Aquin, Somme contre les gentils
           

           

Une opinion vulgairement répandue nomme esclave celui qui agit sur l'ordre d'un autre, et homme libre celui qui se conduit comme il le veut. Cette manière de voir n'est pas tout à fait conforme à la vérité. En fait, l'individu entraîné par une concupiscence personnelle au point de ne plus rien voir ni faire de ce qu'exige son intérêt authentique est soumis au pire des esclavages. Au contraire, on devra proclamer libre l'individu qui choisit volontairement de guider sa vie sur la raison. Quant à la conduite déclenchée par un commandement, c'est-à-dire l'obéissance, bien qu'elle supprime en un sens la liberté, elle n'entraîne cependant pas immédiatement pour un agent la qualité d'esclave. Il faut considérer avant tout, à cet égard, la signification particulière de l'action. À supposer que la fin de l'action serve l'intérêt non de l'agent, mais de celui qui commande l'action, celui qui l'accomplit n'est en effet qu'un esclave, hors d'état de réaliser son intérêt propre. Toutefois dans toute libre République et dans tout État où n'est point pris pour loi suprême le salut de la personne qui donne les ordres, mais celui du peuple entier, l'individu docile à la souveraine Puissance ne doit pas être qualifié d'esclave hors d'état de réaliser son intérêt propre. Il est bien un sujet. Ainsi la communauté politique la plus libre est celle dont les lois s'appuient sur la saine raison. Car, dans une organisation fondée de cette manière, chacun, s'il le veut, peut être libre, c'est-à-dire s'appliquer de tout son coeur à vivre raisonnablement. De même, les enfants, bien qu'obligés d'obéir à tous les ordres des parents, ne sont cependant pas des esclaves; car les ordres des parents sont inspirés avant tout par l'intérêt des enfants. Il existe donc, selon nous, une grande différence entre un esclave, un fils, un sujet, et nous formulerons les définitions suivantes : l'esclave est obligé de se soumettre à des ordres fondés sur le seul intérêt de son maître; le fils accomplit sur l'ordre de ses parents des actions qui sont dans son intérêt propre ; le sujet enfin accomplit sur l'ordre de la souveraine Puissance des actions visant à l'intérêt général et qui sont par conséquent aussi dans son intérêt particulier.
                                             Baruch Spinoza, Traité Théologico-politique

           
           

           













VIII N'attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites ; décide de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux.
IX La maladie est une gêne pour le corps ; pas pour la liberté de choisir, à moins qu'on ne
l'abdique soi-même. Avoir un pied trop court est une gêne pour le corps, pas pour la liberté de choisir. Aie cette réponse à l'esprit en toute occasion : tu verras que la gêne est pour les choses ou pour les autres, non pour toi.
X Devant tout ce qui t'arrive, pense à rentrer en toi-même et cherche quelle faculté tu possèdes pour y faire face. Tu aperçois un beau garçon, une belle fille ? Trouve en toi la tempérance. Tu souffres ? Trouve l'endurance. On t'insulte ? Trouve la patience. En t'exerçant ainsi tu ne seras plus le jouet de tes représentations.
XIX 1. Tu peux être invaincu, si jamais tu n'engages de lutte où la victoire ne dépende pas de toi. 2. Garde-toi d'estimer heureux un homme choisi pour une charge officielle, ou très puissant, ou jouissant, pour une raison ou une autre, de l'estime publique. En effet, si l'essence du bien réside dans ce qui dépend de nous, il n'y a de raison ni d'être jaloux, ni d'être envieux. Quant à toi, ce n'est pas général, magistrat ou consul que tu veux être, mais libre ; or, pour y arriver, il n'y a qu'un chemin : le mépris de ce qui ne dépend pas de nous.
                                                                  Épictète, Manuel




La liberté n’est pas dans une indépendance rêvée à l’égard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilité donnée par là même de les mettre en œuvre méthodiquement pour des fins déterminées. Cela est vrai aussi bien des lois de la nature extérieure que de celles qui régissent l’existence physique et psychique de l’homme lui-même, – deux classes de lois que nous pouvons séparer tout au plus dans la représentation, mais non dans la réalité. La liberté de la volonté ne signifie donc pas autre chose que la faculté de décider en connaissance de cause. Donc, plus le jugement d’un homme est libre sur une question déterminée, plus grande est la nécessité qui détermine la teneur de ce jugement ; tandis que l’incertitude reposant sur l’ignorance, qui choisit en apparence arbitrairement entre de nombreuses possibilités de décision diverses et contradictoires, ne manifeste précisément par là que sa non-liberté, sa soumission à l’objet qu’elle devrait justement se soumettre. La liberté consiste par conséquent dans l’empire sur nous- mêmes et sur la nature extérieure, fondé sur la connaissance des nécessités naturelles."
                                                               F. Engels, Anti-Düring








II LA LIBERTÉ, EXISTE-T-ELLE?



Quant à l'évidence du sentiment, que chacun de nous s'écoute et se consulte soi-même, il sentira qu'il est libre, comme il sentira qu'il est raisonnable.(....)Mais parce que dans les délibérations importantes, il y a toujours quelque raison qui nous détermine, et qu'on peut croire que cette raison fait dans notre volonté une nécessité secrète, dont notre âme ne s'aperçoit pas; pour sentir évidemment notre liberté, il en faut faire l'épreuve dans les choses où il n'y a aucune raison qui nous penche d'un côté plutôt que d'un autre. Je sens, par exemple, que levant ma main, je puis ou vouloir la tenir immobile, ou vouloir lui donner du mouvement; et que me résolvant à la mouvoir, je puis où la mouvoir à droite ou à gauche avec une égale faculté : car la nature a tellement disposé les organes du mouvement, que je n'ai ni plus de peine ni plus de plaisir à l'une de ces actions qu'à l'autre; de sorte que plus je considère sérieusement et profondément ce qui me porte à celui-là plutôt qu'à celui-ci, plus je ressens clairement qu'il n'y a que ma volonté qui m'y détermine, sans que je puisse trouver aucune autre raison de le faire.(.....)J'ai donc un sentiment clair de ma liberté, qui sert à me faire entendre la souveraine liberté de Dieu, et comme il m'a fait à son image. Au reste ayant une fois trouvé en moi-même et dans une seule de mes actions, ce principe de liberté, je conclus qu'il se trouve dans toutes les actions, même dans celles où je suis plus passionné, quoique la passion qui me trouble ne me permette pas peut-être de l'y apercevoir d'abord si clairement.
                Jacques-Bénigne Bossuet, Traité du libre arbitre.




















Ma conception de la liberté. La valeur d’une cause se mesure parfois non à ce qu’on atteint par elle, mais à ce qu’il faut la payer, à ce qu’elle nous coûte. En voici un exemple. Les institutions libérales cessent d’être libérales dès qu’elles sont acquises : ensuite, rien n’est plus systématiquement néfaste à la liberté que les institutions libérales. On ne sait que trop à quoi elles aboutissent : elles minent la volonté de puissance, elles érigent en système moral le nivellement des cimes et des bas-fonds, elles rendent mesquin, lâche et jouisseur - en elles, c’est l’animal grégaire qui triomphe toujours. Libéralisme : en clair, cela signifie abêtissement grégaire... Ces mêmes institutions produisent de tout autres effets aussi longtemps que l’on se bat pour les imposer; alors, elles font puissamment progresser la liberté. A y regarder de plus près, c’est la guerre qui provoque ces effets, la guerre pour obtenir des institutions libérales, qui, en tant que guerre, prolonge l’existence des instincts antilibéraux. -Et la guerre est une école de liberté. Car qu’est-ce que la liberté ? C’est d’avoir la volonté d’être responsable de soi-même. De maintenir la distance qui nous isole des autres. De devenir plus indifférent aux peines, aux épreuves, aux privations, et même à la vie. D’être prêt à sacrifier des hommes à sa cause, sans s’en excepter soi-même. La liberté signifie que les instincts virils, les instincts belliqueux et victorieux, ont le pas sur les autres instincts, par exemple. Celui du «bonheur ». L’homme affranchi, et à plus forte raison, l’esprit affranchi, foule aux pieds l’espèce de bien-être dont rêvent les boutiquiers, les chrétiens, les ruminants, les femmes, les Anglais et autres démocrates. L’homme libre est un guerrier. À quoi mesure-t-on la liberté, chez les individus comme chez les peuples ? A la résistance qu’il faut surmonter, à la peine qu’il en coûte pour garder le dessus. Le type supérieur d’homme libre, faudrait le chercher là où il s’agit constamment de vaincre la résistance la plus forte à quelques pas de la tyrannie, tout près du seuil qui marque le risque d’asservissement. 
                                                                  Nietzsche, Crépuscule des idoles.

           




















Diverses significations données au mot de liberté.

Il n’y a point de mot qui ait reçu plus de différentes significations, et qui ait frappé les esprits de tant de manieres, que celui de liberté. Les uns l’ont pris pour la facilité de déposer celui à qui ils avoient donné un pouvoir tyrannique ; les autres, pour la faculté d’élire celui à qui ils devoient obéir ; d’autres, pour le droit d’être armés, et de pouvoir exercer la violence ; ceux-ci, pour le privilege de n’être gouvernés que par un homme de leur nation, ou par leurs propres lois. Certain peuple a long-temps pris la liberté, pour l’usage de porter une longue barbe. Ceux-ci ont attaché ce nom à une forme de gouvernement, et en ont exlu les autres. Ceux qui avoient goûté du gouvernement républicain, l’ont mise dans ce gouvernement ; ceux qui avoient joui du gouvernement monarchique, l’ont placée dans la monarchie. Enfin chacun a appellé liberté le gouvernement qui étoit conforme à ses coutumes, ou à ses inclinations : Et comme dans une république on n’a pas toujours devant les yeux, et d’une maniere si présente, les instrumens des maux dont on se plaint, et que même les lois paroissent y parler plus, et les exécuteurs de la loi y parler moins ; on la place ordinairement dans les républiques, et on l’a exclue des monarchies. Enfin, comme dans les démocraties le peuple paroît à peu près faire ce qu’il veut, on a mis la liberté dans ces sortes de gouvernements, et on a confondu le pouvoir du peuple avec la liberté du peuple.
           

Ce que c’est que la liberté.

Il est vrai que dans les démocraties le peuple paroît faire ce qu’il veut : mais la liberté politique ne consiste point à faire ce que l’on veut. Dans un état, c’est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu’à pouvoir faire ce que l’on doit vouloir, et à n’être point contraint de faire ce que l’on ne doit pas vouloir.
Il faut se mettre dans l’esprit ce que c’est que l’indépendance, et ce que c’est que la liberté. La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ; et si un citoyen pouvoit faire ce qu’elles défendent, il n’auroit plus de liberté, parce que les autres auroient tout de même ce pouvoir.
                                                             Montesquieu, De l’esprit des lois

                                                             











III  LA NÉCESSITÉ PEUT-ELLE S’ACCORDER AVEC LA LIBERTÉ?

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         L'argument décisif utilisé par le bon sens contre la liberté consiste à nous rappeler notre impuissance. Loin que nous puissions modifier notre situation à notre gré, il semble que nous ne puissions pas nous changer nous-mêmes. Je ne suis « libre » ni d'échapper au sort de ma classe, de ma nation, de ma famille, ni même d'édifier ma puissance ou ma fortune, ni de vaincre mes appétits les plus insignifiants ou mes habitudes. Je nais ouvrier, Français, hérédo-syphilitique ou tuberculeux. L'histoire d'une vie, quelle qu'elle soit, est l'histoire d'un échec. Le coefficient d'adversité des choses est tel qu'il faut des années de patience pour obtenir le plus infime résultat. Encore faut-il « obéir à la nature pour la commander », c'est-à-dire insérer mon action dans les mailles du déterminisme. Bien plus qu'il ne parait « se faire », l'homme semble « être fait » par le climat et la terre, la race et la classe, la langue, l'histoire de la collectivité dont il fait partie, l'hérédité, les circonstances individuelles de son enfance, les habitudes acquises, les grands et les petits événements de sa vie.
Cet argument n'a jamais profondément troublé les partisans de la liberté humaine : Descartes, le premier, reconnaissait à la fois que la volonté est infinie et qu'il faut « tâcher à nous vaincre plutôt que la fortune ». C'est qu'il convient ici de faire des distinctions ; beaucoup des faits énoncés par les déterministes ne sauraient être pris en considération. Le coefficient d'adversité des choses, en particulier, ne saurait être un argument contre notre liberté, car c'est par nous, c'est-à-dire par la position préalable d'une fin, que surgit ce coefficient d'adversité. Tel rocher, qui manifeste une résistance profonde si je veux le déplacer, sera, au contraire, une aide précieuse si je veux l'escalader pour contempler le paysage. En lui-même - s'il est même possible d'envisager ce qu'il peut être en lui-même - il est neutre, c'est-à- dire qu'il attend d'être éclairé par une fin pour se manifester comme adversaire ou comme auxiliaire. 
                                                        Jean Paul Sartre, L’être et le néant




        





        



Nous devons donc envisager l’état present de l’univers, comme l’effet de son état antérieur, et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvemens des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé, serait présent à ses yeux. L’esprit humain offre, dans la perfection qu’il a su donner à l’Astronomie, une faible esquisse de cette intelligence. Ses découvertes en Mécanique et en Géométrie, jointes à celle de la pesanteur universelle, l’ont mis à portée de comprendre dans les mêmes expressions analytiques, les états passés et futurs du système du monde. En appliquant la même méthode à quelques autres objets de ses connaissances, il est parvenu à ramener à des lois générales les phénomènes observés, et à prévoir ceux que des circonstances données doivent faire éclore.
Pierre Simon, marquis de Laplace. Essai philosophique sur les probabilités



Les événements amenés par la combinaison ou la rencontre d’autres événements qui appartiennent à des séries indépendantes les unes des autres, sont ce qu’on nomme des événements fortuits, ou des résultats du hasard. Quelques exemples serviront à éclaircir et à fixer cette notion fondamentale.Il prend au bourgeois de Paris la fantaisie de faire une partie de campagne, et il monte sur un chemin de fer pour se rendre à sa destination. Le train éprouve un accident dont le pauvre voyageur est la victime, et la victime fortuite, car les causes qui ont amené l’accident ne tiennent pas à la présence de ce voyageur : elles auraient eu leur cours de la même manière lors même que le voyageur se serait déterminé, par suite d’autres influences, ou de changements survenus dans son monde, à lui, à prendre une autre route ou à attendre un autre train. Que si l’on suppose, au contraire, qu’un motif de curiosité, agissant de la même manière sur un grand nombre de personnes, amène ce jour-là et à cette heure-là une affluence extraordinaire de voyageurs, il pourra bien se faire que le service du chemin de fer en soit dérangé, et que les embarras du service soient la cause déterminante de l’accident. Des séries de causes et d’effets, primitivement indépendantes les unes des autres, cesseront de l’être, et il faudra au contraire reconnaître entre elles un lien étroit de solidarité.
                         Antoine-Augustin Cournot, Essai sur les connaissances




Regardez-y de près, et vous verrez que le mot liberté est un mot vide de sens ; qu'il n'y a point et qu'il ne peut y avoir d'êtres libres ; que nous ne sommes que ce qui convient à l'ordre général, à l'organisation, à l'éducation et à la chaîne des événements. Voilà ce qui dispose de nous invinciblement. On ne conçoit non plus qu'un être agisse sans motif, qu'un des bras d'une balance agisse sans l'action d'un poids, et le motif nous est toujours extérieur, étranger, attaché ou par une nature ou par une cause quelconque, qui n'est pas nous. Ce qui nous trompe, c'est la prodigieuse variété de nos actions, jointe à l'habitude que nous avons prise tout en naissant de confondre le volontaire avec le libre. Nous avons tant loué, tant repris, nous l'avons été tant de fois, que c'est un préjugé bien vieux que celui de croire que nous et les autres voulons, agissons librement. Mais s'il n'y a point de liberté, il n'y a point d'action qui mérite la louange ou le blâme; il n'y a ni vice ni vertu, rien dont il faille récompenser ou châtier. Qu'est-ce qui distingue donc les hommes ? la bienfaisance et la malfaisance. Le malfaisant est un homme qu'il faut détruire et non punir; la bienfaisance est une bonne fortune, et non une vertu. Mais quoique l'homme bien ou malfaisant ne soit pas libre, l'homme n'en est pas moins un être qu'on modifie; c'est par cette raison qu'il faut détruire le malfaisant sur une place publique. De là les bons effets de l'exemple, des discours, de l'éducation, du plaisir, de la douleur, des grandeurs, de la misère, etc.; de là une sorte de philosophie pleine de commisération, qui attache fortement aux bons, qui n'irrite non plus contre le méchant que contre un ouragan qui nous remplit les yeux de poussière. Il n'y a qu'une sorte de causes, à proprement parler; ce sont les causes physiques. Il n'y a qu'une sorte de nécessité; c'est la même pour tous les êtres, quelque distinction qu'il nous plaise d'établir entre eux, ou qui y soit réellement.
                                                         Denis Diderot, Lettre à Paul Landoi








« On a beau vouloir confondre l’indépendance et la liberté. Ces deux choses sont si différentes que même elles s’excluent mutuellement Quand chacun fait ce qu’il lui plaît, on fait souvent ce qui déplaît à d’autres, et cela ne s’appelle pas un état libre. La liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui ; elle consiste encore à ne pas soumettre la volonté d’autrui à la nôtre. Quiconque est maître ne peut être libre, et régner c’est obéir. Vos Magistrats savent cela mieux que personne, eux qui comme Othon, n’omettent rien de servile pour commander. Je ne connais de volonté vraiment libre que celle à laquelle nul n’a droit d’opposer de la résistance ; dans la liberté commune nul n’a droit de faire ce que la liberté d’un autre lui interdit, et la vraie liberté n’est jamais destructive d’elle-même. Ainsi la liberté sans la justice est une véritable contradiction ; car comme qu’on s’y prenne tout gène dans l’exécution d’une volonté désordonnée.

Il n’y a donc point de liberté sans Lois, ni où quelqu’un est au-dessus des Lois : dans l’état même de nature l’homme n’est libre qu’à la faveur de la Loi naturelle qui commande à tous. Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux Lois, mais il n’obéit qu’aux Lois et c’est par la force des Lois qu’il n’obéit pas aux hommes. Toutes les barrières qu’on donne dans les Républiques au pouvoir des Magistrats ne sont établies que pour garantir de leurs atteintes l’enceinte sacrée des Lois : ils en sont les Ministres non les arbitres, ils doivent les garder non les enfreindre. Un Peuple est libre, quelque forme qu’ait son Gouvernement, quand dans celui qui le gouverne il ne voit point l’homme, mais l’organe de la Loi. En un mot, la liberté suit toujours le sort des Lois, elle règne ou périt avec elles ; je ne sache rien de plus certain.      
                      Jean-Jacques Rousseau, Lettres écrites de la montagne.

           

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miércoles, 4 de noviembre de 2015

ARISTOTE. ÉTHIQUE


1- La conception de l’âme chez Aristote

L’âme est définie par Aristote comme la force qui meut et qui régit le corps. Elle est composée de trois couches (régions, parties):
 -L’âme végétative. Fonctions de nutrition et reproduction. Partagée par tous les êtres  
                                vivants: plantes, animaux et humains.

 -L’âme sensitive. Faculté et fonctions de sensation, mémoire et mouvement. Partagée
                                par les animaux et les hommes.

 -L’âme intellective ou rationnelle. La capacité de vouloir et la capacité de connaissance.    
                               Elle est exclusive des humains.

Pour Aristote, la RAISON est donc la capacité spécifique de l’âme humaine et de l’être humain.


2- Le Bonheur

Le but qui doit guider le comportement humain est le bonheur. Mais, qu’est-ce que le bonheur?. Pour Aristote le bonheur n’est pas le plaisir, ni les richesses, ni l’honneur. Aristote définit le bonheur de la façon suivante:
    “Le bien pour l’homme, le bonheur consiste dans une activité* de l’âme en accord
     avec la vertu*”

*Activité. De toutes les activités de l’âme, la plus élévée est l’activité contemplative (la connaissance théorique, la philosophie). Cette activité est celle qui produit le plus grand bonheur. Mais il y a beaucoup d’autres activités capables de prpoprtionner le bonheur, bien qu’à un degré moindre.

*Vertu. La vertu est pour Aristote ce qui ajoute de la perfection à une activité. Exemple: Entre l’activité du musicien et celle du bon musicien, il y a la vertu ou perfection du métier. De la même façon, entre l’homme et l’homme bon, il y a la vertu humaine.

3- La Vertu

Il y a pour Aristote deux types de vertu, la vertu éthique ou morale et la vertu  intellectuelle.

-Les Vertus éthiques ou morales.

Ces vertus consistent en maîtriser les tendances de l’âme sensitive.
Les vertus éthiques sont des habitudes acquises de façon volontaire par la répétition d’actes. L’home est predisposé à apprendre en répétant un même acte de nombreuses fois. Ainsi, c’est en pratiquant les actions virtueuses que nous devenons virtueux. (Le cercle virtueux) De la même manière, c’est en repétant les actions vicieuses que nous devenons vicieux. (Le cercle vicieux).
La vertu suppose de la proportion, un “Juste Milieu” entre deux extrêmes vicieux. Chacune des vertus est une excellence consistant dans la juste mesure entre un excès et un défaut.
Exemples de vertus et de vices:


Domaines
Défaut
Vertu
Excès
Plaisir
Insensibilité
Tempérance
Débauche
Peur
Lâcheté
Courage
Témérité
Colère
Apathie
Sang-Froid
Irascibilité
Richesse
Avarice
Libéralité
Prodigalité
Honneurs
Pusillanimité
Magnanimité
Vanité
Vérité
Dissimulation
Franchise
Jactance
Sympathie
Rusticité
Affabilité
Bouffonnerie


Il ne s’agit pas d’un milieu arithméthique mais relatif par rapport à l’action et par rapport à l’individu:
-Par rapport à l’action. Il y a des actions où le milieu est plus proche de l’excès et d’autres  ou le milieu es plus pproche du défaut
-Par rapport à l’individu. Pour chaque individu le milieu sera différent en fonction des circonstances.

La vertu éthique est liée à la Raison. C’est celle-ci qui signale le défaut et l’excès qui doivent être évités por¡ur atteindre le juste milieu.

-Les Vertus Intellectuelles

Elles appartiennent à la partie rationnellle de l’âme. Aristote affirme que la raison a deux fonctions, la connaissance théorique et la connaissance pratique. Il y aura aussi deux vertus correspondantes. La vertu propre de la raison pratique est la prudence et celle de la raison théorique est la sagesse.

La sagesse est en rapport avec les réalités les plus élevées et son exercice continu, la contemplation, constituerait pour Aristote, comme nous avons vu, le bonheur parfait.

La prudence est la qualité pratique de l’entendement grâce à laquelle il délibère correctement en vue d’agir bien. La prudence accorde à l’homme la vraie connaissance éthique, savoir à chaque moment et à chaque circonstance avec précision comment il doit agir en vue de son bonheur. Son rôle est donc décisif pour le comportement humain, mais elle seule ne suffit pas : pour être prudent l’homme nécessite avoir acquis aussi les vertus éthiques. Si les vertus éthiques garantissent la rectitude de la fin que l’homme se fixe pour sa vie, la prudence oriente son action vers cette fin.




sábado, 31 de octubre de 2015

http://www.francaisfacile.com/exercices/exercice-francais-2/exercice-francais-8328.php

Un enlace interesante para distinguir los verbos emmener , amener, mener.....

viernes, 18 de septiembre de 2015

Bachibac 1º Unité 1 Le Bonheur

                                                     



         

 Unité 1
Le Bonheur

                   















1- Qu’est-ce que le bonheur? Peut on définir le bonheur?
    Le bonheur, est-il dans le plaisir ou dans la sagesse?
    Le bonheur comme souverain bien et accomplissement de la nature.
    Toute définition du bonheur est négative.






Cʼest dʼeux très certainement, Socrate. Comment en effet un homme pourrait‑il être heureux, sʼil est esclave de quelquʼun. Mais voici ce qui est beau et juste suivant la nature, je te le dis en toute franchise, cʼest que, pour bien vivre, il faut laisser prendre à ses passions tout lʼaccroissement possible, au lieu de les réprimer, et, quand elles ont atteint toute leur force, être capable de leur donner satisfaction par son courage et son intelligence et de remplir tous ses désirs à mesure quʼils éclosent. Mais cela nʼest pas, je suppose, à la portée du vulgaire. De là vient quʼil décrie les gens qui en sont capables, parce quʼil a honte de lui-même et veut cacher sa propre impuissance. Il dit que lʼintempérance est une chose laide, essayant par là dʼasservir ceux qui sont mieux doués par la nature, et, ne pouvant lui-même fournir à ses passions de quoi les contenter, il fait lʼéloge de la tempérance et de la justice à cause de sa propre lâcheté. Car pour ceux qui ont eu
la chance de naître fils de roi, ou que la nature a faits capables de conquérir un commandement, une tyrannie, une souveraineté, peut‑il y avoir véritablement quelque chose de plus honteux et de plus funeste que la tempérance? Tandis quʼil leur est loisible de jouir des biens de la vie sans que personne les en empêche, ils sʼimposeraient eux‑mêmes pour maîtres la loi, les propos, les censures de la foule ! Et comment ne seraient‑ils pas malheureux du fait de cette prétendue beauté de la justice et de la tempérance, puisquʼils ne pourraient rien donner de plus à leurs
amis quʼà leurs ennemis, et cela, quand ils sont les maîtres de leur
propre cité ? La vérité, que tu prétends chercher, Socrate, la voici : le luxe,
lʼincontinence et la liberté, quand ils sont soutenus par la force constituent la vertu et le bonheur; le reste, toutes ces belles idées, ces conventions contraires à la nature, ne sont que niaiseries et néant.”
              
                                                                                                           Platon, Gorgias  491e



SOCRATE  
Eh bien, laisse‑moi, te proposer une autre image sortie de la même école que la précédente. Considère si tu ne pourrais pas assimiler chacune de
ces deux vies, la tempérante et lʼincontinente, au cas de deux hommes, dont
chacun posséderait de nombreux tonneaux, lʼun des tonneaux en bon état et remplis, celui-ci de vin, celui-là de miel, un troisième de lait et beaucoup dʼautres remplis dʼautres liqueurs, toutes rares et coûteuses et acquises au prix de mille peines et de difficultés ; mais une fois ses tonneaux remplis, notre homme nʼy verserait plus rien, ne sʼen inquiéterait plus et serait tranquille à cet égard. Lʼautre aurait, comme le premier, des liqueurs quʼil pourrait se procurer, quoique avec peine, mais nʼayant que des tonneaux percés et fêlés, il serait forcé de les remplir jour et nuit sans relâche, sous peine des plus grands ennuis. Si tu admets que les deux vies sont pareilles au cas de ces deux hommes, est‑ce que tu soutiendras que la vie de lʼhomme déréglé est plus heureuse que celle de lʼhomme réglé ? Mon
allégorie tʼamène‑t‑elle à reconnaître que la vie réglée vaut mieux que la vie
déréglée, ou nʼes‑tu pas convaincu ?
CALLICLÈS
Je ne le suis pas, Socrate. Lʼhomme aux tonneaux pleins nʼa plus aucun
plaisir, et cʼest cela que jʼappelais tout à lʼheure vivre à la façon dʼune pierre,
puisque, quand il les a remplis, il nʼa plus ni plaisir ni peine ; mais ce qui fait
lʼagrément de la vie, cʼest dʼy verser le plus quʼon peut.
SOCRATE
Mais si lʼon y verse beaucoup, nʼest‑il pas nécessaire quʼil sʼen écoule beaucoup aussi et quʼil y ait de larges trous pour les écoulements ?
CALLICLÈS
Bien sûr.
SOCRATE
Alors, cʼest la vie dʼun pluvier que tu vantes, non celle dʼun mort ni dʼune
pierre. Mais dis‑moi : ce que tu veux dire, cʼest quʼil faut avoir faim, et, quand on a faim, manger ?
CALLICLÈS
Oui.
SOCRATE
Et avoir soif, et, quand on a soif, se désaltérer ?
CALLICLÈS
Oui, et quʼil faut avoir tous les autres désirs, pouvoir les satisfaire, et y trouver du plaisir pour vivre heureux. 
                                                                                                   Platon, Gorgias, 493d-494b





Il faut se rendre compte que parmi nos désirs les uns sont naturels, les autres vains, et que parmi les premiers il y en a qui sont nécessaires et d’autres qui sont seulement naturels. Parmi les nécessaires, il y en a qui le sont pour le bonheur, d’autres pour la tranquillité du corps, d’autres enfin pour la vie même. Une théorie non erronée de ces désirs sait en effet rapporter toute préférence et toute aversion à la santé du corps et à la tranquillité de l’âme puisque c’est là la perfection même de la vie heureuse. Car tous nos actes visent à écarter de nous la souffrance et la peur. Lorsqu’une fois nous y sommes parvenus, la tempête de l’âme s’apaise, l’être vivant n’ayant plus besoin de s’acheminer vers quelque chose qui lui manque, ni de chercher autre chose pour parfaire le bien-être de l’âme et celui du corps. C’est alors en effet que nous éprouvons le besoin du plaisir quand, par suite de son absence, nous éprouvons de la douleur; mais quand nous ne souffrons pas, nous n’éprouvons plus le besoin du plaisir.
Et c’est pourquoi nous disons que le plaisir est le commencement et la fin de la vie bienheureuse. C’est lui en effet que nous avons reconnu comme le bien principal et conforme à notre nature, c’est de lui que nous partons pour déterminer ce qu’il faut choisir et ce qu’il faut éviter, et c’est à lui que nous avons finalement recours lorsque nous nous servons de la sensation comme d’une règle pour apprécier tout bien qui s’offre. Or, précisément parce que le plaisir est notre bien principal et inné, nous ne cherchons pas tout le plaisir; il y a des cas où nous passons par-dessus beaucoup de plaisirs s’il en résulte pour nous de l’ennui. Et nous jugeons beaucoup de douleurs préférables aux plaisirs lorsque, des souffrances que nous avons endurées pendant longtemps, il résulte pour nous un plaisir plus élevé. Tout plaisir ne doit pas être recherché; pareillement, toute douleur est un mal, mais toute douleur ne doit pas être évitée à tout prix. En tout cas, il convient de décider de tout cela en comparant et en examinant attentivement ce qui est utile et ce qui est nuisible, car nous en usons parfois avec le bien comme s’il était le mal, et avec le mal comme s’il était le bien.
                                                                                                        Epicure, Lettre à Menecée




Pourquoi allier des objets dissemblables, disons plus qui se repoussent? La vertu est quelque chose de grand, de sublime, de souverain, d'invincible, d'infatigable ; la volupté est chose basse, servile, impuissante, caduque, qui a son poste et son domicile aux lupanars et aux tavernes. La vertu, tu la trouveras dans le temple, au forum, au sénat, debout sur les remparts, le corps poudreux, le teint hâlé, les mains calleuses ; la volupté le plus souvent va cherchant le mystère et appelle les ténèbres; elle rôde autour des bains, des étuves, des lieux qui redoutent l'édile, efféminée, sans vigueur, ruisselante de vins et de parfums, pâle ou fardée et souillée des drogues de la toilette. Le souverain bien est impérissable ; il ne sort pas du cœur où il règne, il n'a ni satiété ni repentir. Car une conscience droite ne dévie jamais, n'est jamais odieuse à elle-même, n'a rien changé à ses principes, parce qu'elle a toujours suivi les meilleurs. La volupté au contraire, c'est au fort même de ses délices qu'elle s'éteint. Elle trouve en l'homme peu de place, aussi l'emplit-elle bien vite ; puis vient le dégoût, et après les premiers élans «lie s'affaisse. Y aurait-il jamais fixité dans une chose dont l'essence est le mouvement? Aussi ne peut-elle même avoir la moindre réalité, elle qui vient et passe comme l'éclair,qui s'évanouira dans l'usage d'elle-même. Car elle arrive là pour cesser ; dès qu'elle commence, elle vise à n'être plus.
                                                                                             Sénèque. De la vie heureuse 7





“Mais sans doute l’identification du bonheur et du Souverain Bien apparaît-elle comme une chose sur laquelle tout le monde est d’accord’ ; ce qu’on désire encore, c’est que nous disions plus clairement quelle est la nature du bonheur. Peut-être pourrait-on y arriver si on déterminait la fonction de l’homme.
De même, en effet, que dans le cas d’un joueur de flûte, d’un statuaire, ou d’un artiste quelconque, et en général pour tous ceux qui ont une fonction ou une activité déterminée, c’est dans la fonction que réside, selon l’opinion courante, le bien, le " réussi ", on peut penser qu’il en est ainsi pour l’homme s’il est vrai qu’il y ait une certaine fonction spéciale à l’homme. Serait-il possible qu’un charpentier ou un cordonnier aient une fonction et une activité à exercer, mais que l’homme n’en ait aucune et que la nature l’ait dispensé de toute oeuvre à accomplir ? (...) Mais alors en quoi peut-elle consister ? Le simple fait de vivre est, de toute évidence, une chose que l’homme partage en commun même avec les végétaux ; or ce que nous recherchons, c’est ce qui est propre à l’homme. Nous devons donc laisser de côté la vie de nutrition et la vie de croissance. Viendrait ensuite la vie sensitive mais celle- là encore apparaît commune avec le cheval, le boeuf et tous les animaux. Reste donc une certaine vie pratique de la partie rationnelle de l’âme, partie qui peut être envisagée, d’une part, au sens où elle est soumise à la raison, et, d’autre part, au sens où elle possède la raison et l’exercice de la pensée. (...) s’il en est ainsi ; si nous posons que la fonction de l’homme consiste dans un certain genre de vie, c’est-à-dire dans une activité de l’âme et dans des actions accompagnées de raison ; si la fonction d’un homme vertueux est d’accomplir cette tâche, et de l’accomplir bien et avec succès, chaque chose au surplus étant bien accomplie quand elle l’est selon l’excellence qui lui est propre : — dans ces conditions, c’est donc que le bien pour l’homme consiste dans une activité de l’âme en accord avec la vertu et, au cas de pluralité de vertus, en accord avec la plus excellente et la plus parfaite d’entre elles.”      
                                                                                          Aristote. Éthique à Nicomaque. Ch,6


“La satisfaction, le bonheur, comme lʼappellent les hommes, nʼest au propre et dans son essence rien que de négatif ; en elle, rien de positif. II nʼy a pas de satisfaction qui dʼelle-même et comme de son propre mouvement vienne à nous : il faut quʼelle soit la satisfaction dʼun désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la  satisfaction cesse le désir, et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement, ne sauraient être quʼune délivrance à lʼégard dʼune douleur, dʼun besoin  sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son importunité, trouble notre repos, et même cet ennui, qui tue, qui nous fait de lʼexistence un fardeau. (...)
Tout bonheur est négatif, sans rien de positif ; nulle satisfaction, nul
contentement, par suite, ne peut être de durée : au fond ils ne sont que la cessation dʼune douleur ou dʼune privation, et, pour remplacer ces dernières, ce qui viendra sera infailliblement ou une peine nouvelle, ou bien quelque langueur, une attente sans objet, lʼennui. (...)
Ainsi, on le voit assez par tous ces éclaircissements, nulle satisfaction possible ne peut durer, il nʼest point de bonheur positif : la raison de cela, on la comprend par ce qui a été dit à la fin du second livre : la volonté,— la vie humaine, comme tout phénomène, nʼen est quʼune manifestation, — se réduit à un effort sans but, sans fin.”
             
                                        Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme réprésentation








2- Comment atteindre le bonheur? 
    Le bonheur, est-il accessible?
    Le bonheur dans la serenité et la maitrise de soi.
    Le bonheur dans l’activité et le divertissement.
    









1. Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d'autres non. De nous, dépendent la pensée, l'impulsion, le désir, l'aversion, bref, tout ce en quoi c'est nous qui agissons ; ne dépendent pas de nous le corps, l'argent, la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n'est pas nous qui agissons. 
2. Ce qui dépend de nous est libre naturellement, ne connaît ni obstacles ni entraves ; ce qui n'en dépend pas est faible, esclave, exposé aux obstacles et nous est étranger. 
3. Donc, rappelle-toi que si tu tiens pour libre ce qui est naturellement esclave et pour un bien propre ce qui t'est étranger, tu vivras contrarié, chagriné, tourmenté ; tu en voudras aux hommes comme aux dieux ; mais si tu ne juges tien que ce qui l'est vraiment - et tout le reste étranger -, jamais personne ne saura te contraindre ni te barrer la route ; tu ne t'en prendras à personne, n'accuseras personne, ne feras jamais rien contre ton gré, personne ne pourra te faire de mal et tu n'auras pas d'ennemi puisqu'on ne t'obligera jamais à rien qui pour toi soit mauvais. 
4. A toi donc de rechercher des biens si grands, en gardant à l'esprit que, une fois lancé, il ne faut pas se disperser en oeuvrant chichement et dans toutes les directions, mais te donner tout entier aux objectifs choisis et remettre le reste à plus tard. Mais si, en même temps, tu vises le pouvoir et l'argent, tu risques d'échouer pour t'être attaché à d'autres buts, alors que seul le premier peut assurer liberté et bonheur. 
5. Donc, dès qu'une image viendra te troubler l'esprit, pense à te dire : " Tu n'es qu'image, et non la réalité dont tu as l'apparence. " Puis, examine-la et soumets-la à l'épreuve des lois qui règlent ta vie : avant tout, vois si cette réalité dépend de nous ou n'en dépend pas ; et si elle ne dépend pas de nous, sois prêt à dire : " Cela ne me regarde pas. " 
II 1. Souviens-toi que le désir est tendu vers son objet tandis que le but de l'aversion, c'est de ne pas tomber dans ce qu'on redoute. Si l'on est infortuné en manquant l'objet de son désir, on est malheureux en tombant dans ce qu'on voulait éviter. Donc, si tu ne cherches à fuir que ce qui est dépendant de toi et contraire à la nature, il ne t'arrivera rien que tu aies voulu fuir. Mais si tu cherches à éviter la maladie, la mort ou la misère, tu seras malheureux. 2. Supprime donc en toi toute aversion pour ce qui ne dépend pas de nous et, cette aversion, reporte-la sur ce qui dépend de nous et n'est pas en accord avec la nature. Quant au désir, pour le moment, supprime-le complètement. Car si tu désires une chose qui ne dépend pas de nous, tu ne pourras qu'échouer, sans compter que tu te mettras dans l'impossibilité d'atteindre ce qui est à notre portée et qu'il est plus sage de désirer. Borne-toi à suivre tes impulsions, tes répulsions, mais fais-le avec légèreté, de façon non systématique et sans effort excessif.
                                                                                              Épictète. Manuel



“On se cherche des retraites à la campagne, sur les plages, dans les montagnes . Et toi-même, tu as coutume de désirer ardemment ces lieux d'isolement . Mais tout cela est de la plus vulgaire opinion, puisque tu peux, à l'heure que tu veux, te retirer en toi-même . Nulle part, en effet, l'homme ne trouve de plus tranquille et de plus calme retraite que dans son âme, surtout s'il possède, en son for intérieur, ces notions sur lesquelles il suffit de se pencher pour acquérir aussitôt une quiétude absolue, et par quiétude, je n'entends rien autre qu'un ordre parfait .
Accorde-toi donc sans cesse cette retraite, et renouvelle toi. Mais qu'il s'y trouve aussi de ces maximes concises et fondamentales qui, dès que tu les auras rencontrées, suffiront à te renfermer en toute son âme et à te renvoyer, exempt d'amertume, aux occupations vers lesquelles tu retournes . Contre quoi, en effet, as-tu de l'amertume? Contre la méchanceté des hommes? Reporte-toi à ce jugement, que les êtres raisonnables sont nés les uns pour
les autres, que se supporter est une partie de la justice, que les hommes pèchent involontairement, que tous ceux qui jusqu'ici se sont brouillés, soupçonnés, haïs, percés de coups de lances, sont allongés, réduits en cendres  Calme-toi donc enfin .”
                                                                                 Marc-Aurèle. Pensées pour moi-même



“Faire et non pas subir, tel est le fond de l'agréable. Mais parce que les sucreries donnent un petit plaisir sans qu'on ait autre chose à faire qu'à les laisser fondre, beaucoup de gens voudraient goûter le bonheur de la même manière, et sont bien trompés. On reçoit peu de plaisir de la musique si l'on se borne à l'entendre et si on ne la chante point du tout, ce qui faisait dire à un homme ingénieux qu'il goûtait la musique par la gorge, et non point par l'oreille. Même le plaisir qui vient des beaux dessins est un plaisir de repos, et qui n'occuperait pas assez, si l'on ne barbouillait soi-même, ou si l'on ne se faisait une collection ; ce n'est plus seulement juger, c'est rechercher et conquérir. Les hommes vont au spectacle et s'y ennuient plus qu'ils ne veulent l'avouer ; il faudrait inventer, ou tout au moins jouer, ce qui est encore inventer. (...). Ne demandez pas à celui qui ne sait point jouer s'il aime le jeu. La politique n'ennuie point dès que l'on sait le jeu ; mais il faut l'apprendre. Ainsi en toutes choses ; il faut apprendre à être heureux.
On dit que le bonheur nous fuit toujours. Cela est vrai du bonheur reçu, parce qu'il n'y a point de bonheur reçu. Mais le bonheur que l'on se fait ne trompe point. C'est apprendre, et l'on apprend toujours. Plus on sait, et plus on est capable d'apprendre. D'où le plaisir d'être latiniste, qui n'a point de fin, mais qui plutôt s'augmente par le progrès. Le plaisir d'être musicien est de même. Et Aristote dit cette chose étonnante, que le vrai musicien est celui qui se plaît à la musique, et le vrai politique celui qui se plaît à la politique. « Les plaisirs, dit-il, sont les signes des puissances. » Cette parole retentit par la perfection des termes qui nous emportent hors de la doctrine ; et si l'on veut comprendre cet étonnant génie, tant de fois et si vainement renié, c'est ici qu'il faut regarder. Le signe du progrès véritable en toute action est le plaisir qu'on y sait prendre. D'où l'on voit que le travail est la seule chose délicieuse, et qui suffit. J'entends travail libre, effet de puissance à la fois et source de puis- sance. Encore une fois, non point subir, mais agir.”

                                                                  Alain (Émile Chartier). Propos sur le bonheur
                  




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133-168 Divertissement.
Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser.
136-139 Divertissement.
(L'unique bien des hommes consiste donc à être divertis de penser à leur condition ou par une occupation qui les en détourne, ou par quelque passion agréable et nouvelle qui les occupe, ou par le jeu, la chasse, quelque spectacle attachant, et enfin par ce qu'on appelle divertissement.)
De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court; on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni
la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit. Raison pourquoi on aime mieux la chasse que la prise. De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement. De là vient que la prison est un supplice si horrible, de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. Et c'est enfin le plus grand sujet de félicité de la condition des rois, de ce qu'on essaie sans cesse à les divertir et à leur procurer toutes sortes de plaisirs. Le roi est environné de gens qui ne pensent qu'à divertir le roi et à l'empêcher de penser à lui. Car il est malheureux tout roi qu'il est s'il y pense.

                                                                                                 Blaise Pascal. Les Pensées